Un Week-end dans le Sud-Ouest
Je suis accroupi, caché par des arbustes. Après des heures d’attente j’entend un bruit, sa y est, il est là, le renne s’approche et se parque à une dizaine de moi. Il ne m’a ni vu ni entendu c’est parfait. Je le place au milieu de mon viseur, lentement et c’est de manière délicate que j’appuie sur la gachette de mon fusil, comme pour savourer le plus longtemps possible cette instant de tuerie gratuite, égoïste et tellement jouissif.


5h12 je me réveille spontanément, un quart d’heure avant le réveil. Je réalise que j’ai révé. L’agitation de mon sommeil témoigne de mon excitation à partir pour le Sud-Ouest. Nous allons à Pargas, dans l’archipel de Turku. Je mange sans modération et m’habille chaudement tout en buvant mon café. Je met un T-shirt qui colle la peau, spécialement conçu pour les températures les plus basses et apparemment issu des meilleurs technologies de Go-Sport. Nous verrons bien. 6h00 du mat, je descend, une voiture m’attend en bas. Après être allés chercher un dernier type Finlandais on prend l’autoroute. Durant une heure et demie environ j’observe le ciel s’éclaircir et fait connaissance avec les deux gas qui m’étaient inconnus. Le chauffeur s’appelle Magnus, c’est un ami Finlandais avec qui j’étais déjà sorti, je savais que c’était une valeur sure.


On arrive enfin sur l’île. Elle doit faire 200 ha peut-être. En tout cas elle est magnifique. Je pense que les Dieux sont avec nous car aujourd’hui et c’est peut-être la première fois depuis que je suis arrivé en Finlande, il n’y a pas un seul nuage dans le ciel. Il commence à faire jour. La propriété dans laquelle on arrive est de type fermière. N’oubliez pas qu’on est en Finlande, en Finlande profonde même, donc ce sont des chalets et des stabulations qui nous entourent, répartis de manière très aérée. La vue qu’on a est faite de champs et principalement de bois et forêts. Les sapins sont recouverts d’un manteau de neige comme pour se protéger du froid. En effet ce matin il doit faire -12 / -13°C. Je me présente à tout le monde et c’est par vagues qu’arrive le reste de l’équipe. On boit un dernier café avant de se préparer. On rit de moi car je suis le moins équipé. Pour mon baptême de la chasse il faut dire que j’avais surtout pensé aux fusils et aux proies. On me prête un pantalon de ski et des chaussures adaptées : je peux enlever mes nike de ville. Nous sommes une équipe de 12 chasseurs. On consulte la carte de l’île et on met les talkie-walkies sur la même fréquence. Chacun a son propre fusil, sauf moi bien sur, et la plus part sont camouflés aux couleurs de l’hiver et du bois. Pour la première session on décide de faire quatre groupes. Certains vont chasser l’élan, d’autres le lapin, le renard… Trois gas avec moi, que je ne connaissais pas avant, vérifient une dernière fois leurs matériels puis on grimpe dans une voiture.



Un gas reste à un point fixe, un peu surélevé et d’où son champ de vision ne sera que très peu entravé. Moi et mes deux compagnons allons devoir faire peur aux lapins. Nous avons un chien avec nous, un Foxhound je crois. On allume son collier GPS, l’oblige à s’asseoir puis on détache sa laisse. On suit sur un téléphone Nokia (première entreprise de Finlande) sa localisation. Les deux balles sont mises dans les fusils, on attend. Je m’amuse à observer avec envie et jalousie les fusils de mes compagnons accrochés à leur épaule. J’ai rapidement retrouvé les caractéristiques de la pêche. Il faut en effet faire preuve de patience. En revanche il faut être beaucoup plus discret et attentif. Je regarde à travers les pins et les sapins comme pour deviner d’où sortirait le premier lapin. A chaque mouvement mes yeux filent de travers. On marche dans 10 cm de poudreuse bien molle. Sous cette première strate ce sont les branches qui craquent sous nos pas et qui donnent à l’île son parfum enchanteur. On sillonne encore la forêt, enjambant les plus gros troncs tombés autrefois, témoins de l’histoire de cette forêt. On reste aux aguets, toujours alertes et se laissant guidés par les empreints du mammifère aux grandes oreilles. Notre chemin est ponctué par des amas de petites crottes défraîchies et c’est en fumant des clopes pour certains ou en mâchant du tabac à mâcher pour d’autres qu’on brisent un peu cette tranquillité quand ce n’est pas les interférences des talkie-walkies qui le font. Les premières heures ne sont jamais fructueuses alors on décide de changer de terrain de jeu. A la lisière de le forêt on croise un camarade, c’est Magnus qui toujours bredouille n’en est pas devenu désespéré. Ce caractère de persévérance et d’acharnement, je l’ai trouvé chez beaucoup de Finlandais. Cela s’appelle le sisu et fait parti de l’âme finlandaise. On marche 10 min encore et mes yeux découvrent toute la beauté de la Finlande sauvage. Ce qui s’ouvre à moi est une étendu toute blanche, bordée de sapins énormes et jonchée de chalets colorés et rustiques. Le ciel et maintenant d’un bleu clair et lumineux. Je me recueille intérieurement comme pour m’obliger à profiter au maximum de ce spectacle. Il n’y a pas de vent c’est une chance. Seul le rare craquement des écorces pourrait perturber mon épanouissement. Mais ce ne serait, une fois encore, qu’une autre manifestation de la nature que j’interpréterais comme une invitation à l’aimer. On nous préviens que toutes les opérations sont sans succès. Déçu je marches auprès de mes compagnons jusqu’à un lieu de rendez-vous où une voiture nous attend. Les soldats que nous sommes changent encore de position. On se met en formation, dessinant un demi cercle où les lapins devraient venir de réfugier. Une bonne surprise les attendait. Cette fois je suis avec Magnus et il en profite pour m’expliquer que le chalet derrière nous sera celui on nous passerons la soirée. Le bord de l’île et juste derrière et offre une vue magnifique. L’eau restée liquide reflète les rayons de soleil. De l’autre côté de l’eau une autre île lumineuse qui ne me laisse voir d’elle qu’une multitude de sapins serrés les uns contre les autres. Le chien aboie mais manifestement les lapins ont trop froid pour céder à la demande de leur estomac, ils ont du rester dans leur terrier. Si l’un d’eux s’était aventuré à passé dans mon champs de vision, je ne donnait pas cher de sa peau car je savais que Magnus était bon tireur. Dire qu’il avait tué un renne il n’y a pas longtemps. Quelle excitation soit doit être. Pour casser la monotonie de l’attente Magnus sort son thermos de café. J’allume une cigarette. On nous fait savoir par le talkie-walkie que le chien a fini sa course : c’est un échec. On marche 10 min jusqu’à un lieu de rendez-vous où une voiture nous attend. L’heure du déjeuner approche, il va falloir rentrer. Sur le chemin du retour le père de la famille qui nous accueille en profite pour nous présenter son cheptel et son exploitation de vaches à viande. Je retrouve avec contentement la bonne odeur des bêtes.


On se retrouve tous devant la maison. On relate la matinée, fume des clopes et descend les premières bières d’une longues série qui ne se finira que le lendemain. Je me débarrasse des mes affaires gelées. Les femmes nous ont préparé a manger. Je ne peux qu’avouer qu’il est bon de rentrer au foyer où les femmes préparent le festin pour les hommes. Est-ce un vestige de l’archaïque sexisme finlandais ou qu’une félicité pour les valeureux guerriers ? Quoi qu’il en soit ne vous méprennez pas, dans ce pays la femme a une place considérable. La Finlande est le premier état d’Europe a accorder le droit de vote aux femmes en 1905 (en France il faudra attendre encore 40 ans). De plus la présidence est tenue par une femme (Tarja Halonen). Chacun prend une assiette creuse car l’on a droit (pour moi seul c’est merveilleux) a une soupe de légume vert (petit pois sûrement) dans laquelle sont plongés des bout de viande de renne : un délice que je déguste à chaque bouchée. Les qualités organoleptiques de ce brevage vont me manquer. A côté on mange un sandwich : c’est une tranche de pain complet assez brun sur laquelle il y a de la salade, de la tomate, du concombre et un bout de hareng. Quel régale! Chacun débarrasse son bordel et l’on va pouvoir profiter d’un café chaud (pas très bon en mon sens). Dehors on fume nos clopes, on commence déjà les préparatifs pour l’après-midi. Je saute dans une voiture.



Un bois est notre terrain d’action. Cette fois on prend deux labradors avec nous. On jette les chasseurs des voitures tous les vingt mètres pour couvrir les trois-quarts du bois en sa périphérie. Je suis avec un autre gas, j’en profite pour sympathiser. Pour nous positionner on dois marché une vingtaine de mètre. Je ne loupe pas de briser la glace d’un court d’eau caché par l’épaisseur de neige. Un autochtone l’aurait repérer mais moi je me retrouve avec un pied mouillé. Il fait toujours aussi froid mais la joie d’être là me fait faire abstraction de la sensation infernale des très basses températures. Je prépare mon corps à la Laponie! Au bout de deux minutes tout le monde doit être en place et on ne parle plus que très bas. Je scrute le bois sans être avare de concentration. Dix minutes passent, le chien a du parcourir une bonne distance déjà et pourtant personne n’a tiré. On attend. Mon équipier voit un lapin courir vers la gauche. Aussitôt il me le montre. Il savait que je chassais pour la première fois alors je crois qu’il était content pour moi qu’il y est un peu de mouvement. Il m’explique qu’un lapin traqué fait souvent une boucle dans sa fuite, c’est pourquoi il se prépare à son retour. Les aboiements du chien doivent donner au lapin des pulsions d’adrénaline; la fuite est la première réaction au danger dans le monde animal. J’en voyais l’illustration la plus vivante qu’il soit. Le chien suivait la piste du lapin le museau collé à la neige. Cinq minutes après je m’irrite de ne pas voir la proie revenir. Mais mon impatience est vite interrompue : deux coups de feu retentissent. Silence. Mon équipier lance un appel au talki-walkie. Le lapin est mort, j’en suis ravît. On se retrouve tous, le lapin est suspendu à une branche, le sang longe ses pâtes pour former des cercles rougeâtres qui contrastent joliment avec la neige. Les chiens sont excités par l’odeur de la mort tandis qu’on célèbre la chasse en partagent un alcool brun sorti d’un manteau. On remet ça un peu plus loin. Je suis toujours avec le même type. Je reste derrière lui silencieux pour ne pas le gêner si l’action devait se passer. Des gouttes de mucus tombent de mes narines tant il fait froid, je dois me moucher. Dix minutes passent sans aucun mouvement. Cette fois aussi c’est négatif. Il doit être 16h passé et le soleil s’approche de l’horizon. C’était notre dernière essai. On rejoints les copains au virage. Un des deux gas qui étaient avec moi ce matin à l’allée a vu passé deux rennes. Il m’explique que la période où on peut leur tirer dessus est finie, j’en suis désolé. Seules quelques photos qu’on me montre sur des téléphones portables me consolent. On rentre. Un des gas sort un thermos de thé, il rajoute dans la tasse un alcool blanc, qui m’est pour ne pas changer inconnu. On se passe de proche en proche la tasse tandis que certains ramènent des bières. Ca doit être l’apéro me dis-je. L’avenir me prouvera que j’avais tord. L’autre gas qui était avec nous dans la voiture à l’allée revient le lapin épluché et égoutté, on va pouvoir le mettre au frais!


On se met tous dans le salon mais il faut aller chercher des chaises dans les autres pièces pour satisfaire les derniers entrés. Je vois arriver la mère de famille avec trois bouteilles de champagne rosé. Elle perçoit rapidement mon regard et mon intérêt pour les bouteilles et me fait comprendre que ce n’est pas du champagne mais un alcool finlandais y ressemblant, malgré “Elysée rosé” sur les étiquettes. Je rigole avec elle. Je regarde si je peux aider mais manifestement les femmes ont tout fait! Il y a la mère de famille et quatre filles de notre âge. On devait tous avoir autour de 23-25 ans. On passe à table, je suis tout excité à la découverte d’un dîner traditionnel. Il y a des bières et des pommes de terre sur la table. Chacun va chercher son assiette dans la cuisine. L’entrée est délicieuse, je suis en extase : saumon, hareng, crudités. Devant nos assiettes il y a trois verres : un verre à vin (j’attends avec impatience de savoir d’où il vient), un gobelet en plastique pour le bière et un verre à shot. A peine le repas commencé le fils de la famille avec qui j’avais chassé dans la matinée sert le “chnaps”, alcool blanc dérivé de la vodka me dit-il. Toutes les deux minutes au moins quelqu’un lance un chant ou une chanson et tout le monde le suit, criant pour les refrains et chantant à george déployée pour les couplets. Je ne suis pas déçu de l’ambiance. Je m’y immerge sans perdre un instant et lève mon vers à la fin de chaque chanson. On nous donne les paroles de quelques chansons sur papier, ma voisine de table m’aide à suivre les vers et je m’habitue petit à petit à prononcer les “o” comme des “oeu”. Quand notre verre à shot est vide on crie “chnaps” et il se remplie aussitôt, facilement. Quelques discours sont fais, je ne comprend décidément rien au finnois, encore moins en état d’ébriété. Le plat de résistance semble copieux : pommes de terre, viande de renne, sauce de type forestière. On m’oblige à me resservir, je ne me fait pas prier. Le vin vient du Chili, il a trop peu de caractère et est trop jeune pour moi. Les chansons me dit on sont sur l’alcool et l’amitié, je dois en chanter une à mon tour, heureusement que j’ai reçu l’enseignement de l’agro. Je m’y attendais : il n’y a pas de fromage. Le dessert est composé de fruit plongés dans de la crème chantilly. J’ai du boire beaucoup. Le chnaps se fait sentir. On débarrasse nos assiettes et allons fumer une clope dehors. Je suis bourré.




On nous a déposé en voiture au lieu où l’on va faire la fête et dormir. La pièce principale est chaleureuse et l’ambiance est tamisée. Des bouteilles jonchent toutes les pièces. Je sors de mon sac des bières et une bouteille de whisky achetées la veille. Je préfère profiter des alcools locaux. Les mélanges me font tourner le tête mais je continue a papoter avec mes voisins. Magnus danse avec la fille qui était à mes côté à table. Ses passes de rock font parfois trébucher sa cavalières alors on rigolent tous. On fument nos clopes au perron, j’ai du mal à parler d’économie agricole en anglais et dans cet état mais l’on m’en excuse. Le fils de famille a du entendre que je raffolais des saunas, il me propose d’y aller rejoindre quelques pots qui y sont déjà. On parcoures cinq mètres vers la côte, c’est une petite bâtisse en bois peinte en rouge et dans laquelle je peux voir de la fumée s’échapper. On se déshabille. Je fais pipi depuis la terrasse, je rigole d’être nu dehors alors qu’il fait -15°C, dans trois secondes il va faire 60°C. On est 4 ou 5 et l’on parle du droit de la femme, j’en profite pour leur donner mon point de vue, leur faire part de ma surprise d’aujourd’hui et de leur parler un peu de la France. On boit des bières car il fait vraiment trop chaud. Que c’est bon. Je me verse de l’eau froide sur le corps avant de retourner dans le sauna. On me prête du savon et une serviette et on me tend une bouteille. L’alcool finlandais est très bon, je l’ai vite apprivoisé. Les Finlandais boivent vraiment beaucoup. On rentre au chalet où nous attend des sandwichs de ceux restés des repas. J’en gobe 4 ou 5. Il ressortiront bientôt. Ma tête tourne. Je vais aux toilettes à deux reprises vider mon estomac. La nuit se prolonge, je suis allongé tout habillé sur le lit de gauche, baignant dans l’ambiance chaude des soirées à la finlandaise, je dors. A 11h du mat je me réveille spontanément, en réalité je crois que ma vessie m’a tiré hors du pays des songes. J’ai perdu mes lunettes. Diable où sont elles. On m’aide à chercher. Un quart d’heure après je retrouve ma vue et je peux profiter du paysage magnifique, au pied de la maison.






On est tous de nouveau dans la maison de famille. Café, jus d’orange et sandwichs spéciale petit déjeuné : pain blanc brioché, salade, oeufs, hareng. Je kiffe. Le père de famille va nous faire visiter son enclos où il possède une vingtaine de rennes. Je suis imprésionné et m’émerveille. Un des gas qui rentre avec moi va chercher le lapin congelé, il le fout dans un sac poubelle, l’emballe et le balance dans le coffre. On va pouvoir y aller. Dernière clope. On part sans dire au revoir car en Finlande on ne dit jamais au revoir. Je n’ai même pas pu remercier la mère de famille pour son super accueil.












